Minus One, intarissable

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le 28 mars 2017 par Benjamin Goron



Suite de sept pièces savamment chorégraphiées, Minus One a de nouveau stupéfié le public québécois, quinze ans après sa création mondiale dans ce même Théâtre Maisonneuve. Avec la diffusion d’un documentaire sur la vie d’Ohad Naharin et la visite du chorégraphe israélien le mois dernier pour transmettre sa vision de l’œuvre aux danseurs, la ville a vibré d’une énergie gaga. Avec Minus One, Ohad Naharin rapproche le public et les danseurs pour créer une véritable communion des sens et nous permet de lire le langage du corps dans son essence d’universalité et d’humanité.

Minus One
© John Hall


Minus One est sans conteste l’œuvre d’un chorégraphe accompli ayant poli et éprouvé son art à travers des expériences d’une intensité rare : du plaisir de mouvoir son corps d’enfant dans un village israélien à l’académisme rigide des classes de Martha Graham à New York ou Maurice Béjart à Bruxelles, jusqu’à l’invention d’un nouveau type de danse, le gaga, technique axée sur l’écoute du corps, de ses blessures, de son pouvoir explosif, un peu comme le criquet qui lui a donné son nom.

Minus One, c’est un spectacle sur la danse elle-même, sur sa déconstruction, son asymétrie, sa poésie exaltée, sa rage d’être au monde. Une heure et demie, le temps de retrouver le corps comme instrument du langage, chaque geste comme une lettre de son alphabet universel, le mouvement comme sa syntaxe, la chorégraphie comme une conversation se recréant sans cesse. En suivant un éventail de styles musicaux, du cha-cha à la musique baroque, d’Arvo Pärt à Dick Dale, Ohad Naharin développe un langage authentique, libéré, mêlant dans l’intervalle de quelques secondes gestes du quotidien, danse traditionnelle, transe et gestuelle contemporaine. Il ramène ces gestes à leur plus simple expression, à leur nature-même, que ce soit dans la contemplation de la musculature dorsale d’une personne en sanglots ou dans le mouvement cyclique des pas d’une gigue.

Minus One
© John Hall. Danseur: Karrell Williams.


Minus One abolit la frontière entre le public et les danseurs en humanisant les uns et les autres. Les danseurs se dévoilent, entre confession parlée et passages solistes, avant de faire naître le danseur qui sommeille en chacun des spectateurs. En établissant un parallèle entre le corps du spectateur et celui du danseur, Minus One permet à chacun de nous de s’identifier aux artistes, mais aussi de se libérer de toute tension, de lâcher prise le temps d’une soirée où nous sommes tous des semblables.

Minus One, c’est l’occasion d’apprendre à connaître chacun de ces danseurs des Grands Ballets Canadiens, d’apprécier leurs différences, de goûter leur liberté d’être sur scène, qu’ils dansent pour s’amuser, pour survivre ou pour transpirer. Ce spectacle créé en 2002 par les Grands Ballets Canadiens les accompagne à travers le temps et le monde. Sa substance, en phase avec une mentalité québécoise d’ouverture, d’appropriation du passé et de proximité humaine, ainsi que les défis physiques et esthétiques qu’elle suscite, en font une pièce maîtresse de leur répertoire contemporain. Ils feront d'ailleurs vivre le spectacle à travers le Canada et aux États-Unis dans les prochaines semaines. C’est enfin l’occasion de découvrir l’un des plus grands chorégraphes de notre temps, l’Israélien Ohad Naharin, qui a compris et synthétisé les langages de grands maîtres afin de faire naître une expression corporelle en phase avec la diversité des émotions humaines et sensible à l’imagination de chacun. Plus que quelques jours pour vous procurer vos billets!

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Minus One sur le site des Grands Ballets Canadiens

Documentaire "Mr Gaga, sur les pas d'Ohad Naharin", 2015

Entrevue dans Métro avec Vanesa Garcia-Ribala Montoya, danseuse des Grands Ballets Canadiens.